« El Pibe », l’enfant chéri des Argentins

Publié le par FrançaisduMonde.adfe.conesud

Membre de la section de Français du monde de Buenos Aires, la journaliste Claude Mary vit à Buenos Aires et fut, notamment, correspondante du journal Libération. A l'occasion de la disparition de Diego Armando Maradona, elle a écrit cet article dans le journal Sud Ouest que nous vous publions en intégralité.

« Sans Diego, sans Dieu » ! Depuis 13h, un ruban noir est affiché sur toutes les chaines de télévision. Le printemps austral est définitivement endeuillé depuis l’annonce du décès de Diego Armando Maradona, figure légendaire du football, jusqu’à hier en convalescence dans la région du Delta – Tigre-  proche de la capitale argentine.

Le  30 octobre, les Argentins avaient retenu leur souffle, pour l’anniversaire de Diego, apparu pour l’occasion dans le stade du Club « Gimnasia », vide de public pour cause de crise sanitaire. Avec une petite mine, il fêtait ses 60 ans, accueilli par le président de la Fédération argentine. La fête avait été de courte durée, avec autant d’hommages que d’inquiétudes sur l’état de santé du légendaire numéro « Diez ». Opéré d’un hématome au cerveau, ses supporters avaient veillé jour et nuit devant son hôpital où il avait bénéficié d’une amélioration mais ce mercredi,  son cœur n’a pas tenu.

Diego, el pibe de oro –le  gamin en or- comme l’appellent affectueusement les Argentins, aura tenu en haleine les amoureux du football de toute la planète. Tout enfant d’Afghanistan, de Turquie, du Sénégal connait au moins un mot « en argentin », c’est : Maradona !

Né en 1960 à Villa Fiorito, sur les terrains improvisés d’un bidonville de banlieue, il est alors  remarqué lors des journées de détection du club Argentino Juniors, intègre l’équipe des Cebollitas -les petits oignons- et devient très vite un « phénomène ». Jugé trop jeune pour faire partie de la Sélection lors de la Coupe du monde 78, il sera à la tête de l’équipe Argentina Junior peu après. En 1981, il rejoint l’équipe mythique de Boca Juniors, dite « un sentimiento » et l’un de ses entraineurs disait alors qu’à lui seul, Diego « valait deux joueurs ».

Son rêve de remporter la Coupe du Monde - et ce en Argentine- deviendra réalité en 1986, après la période à Barcelone. Puis ce sera Naples, ses meilleures années, ou dans la ferveur des quartiers populaires, Diego devient quasiment une icône religieuse. Suivront les multiples péripéties liées à ses déboires avec la drogue et aux ennuis de santé mais aux yeux des Argentins, rien ne pouvait entamer son image.

Plus tard, dans le stade de la Bonbonnière –pour sa forme en demi-cercle-  il aura sa loge et tout visiteur aura ressenti vibrer la passion des Argentins pour ce Club lorsqu’il arrivait, en spectateur, en cours de match, dévoilait son tatouage du Che Guevara sur le biceps droit, faisait tournoyer son maillot, tout le stade s’enflammant du chant des « hinchas » :  « Maradooooo … qui résonnait à des kilomètres.

Ce jour, dans son quartier, La Paternal, les voisins affluent, des familles, des enfants portant des cheveux noirs bouclés comme lui, larmes aux yeux. « C’est comme avoir perdu quelqu’un de notre famille ».  De centaines de bougies sont allumées sous des portraits géants et à La Boca, près de la Bonbonnière, sont  rassemblés des centaines de supporters. En fin de soirée, la plus grande marche aura lieu sur l’Avenue 9 de juillet, près de l’Obélisque avant que son corps ne soit veillé, avec tous les honneurs, à la Casa Rosada, Palais du Gouvernement.

Pour l’un des grands journalistes sportifs, l’Uruguayen Victor Hugo Morales : « Il était contestataire, et tel un syndicaliste, s’est battu en défense de la condition des footballeurs, et toujours du plus vulnérable. Il ne transigeait pas »

Pour le président, Alberto Fernandez,  « Diego nous a porté au plus haut du monde et nous a rendu énormément heureux. Nos compatriotes exigeaient de lui qu’il soit un modèle, oubliant parfois qu’il était un être humain » et pour Cristina Kirchner, vice-présidente, c’est une « immense tristesse, un très grand est parti ».

Il avait aussi été aux cotes des Organismes de Défense des droits humains et les Grands-Mères de la place de Mai ont rendu hommage au « Diego du peuple, celui qui réparait les injustices et la douleur d’autrui. Diego solidaire qui disait des vérités au grand de ce monde, sans avoir peur des conséquences. Merci, tu vivras dans notre mémoire. » En Argentine, le printemps s’est arrêté, la Coupe Libertador est suspendue et trois jours de deuil national ont été décrétés, pour un dernier adios  à  « Dieguito », à tout jamais dans le cœur de son peuple.

Claude MARY – à Bs Aires

Avec l'aimable autorisation du journal Sud Ouest.

Publié dans Argentine

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