Légalisation de l'avortement en Argentine

Publié le par FrançaisduMonde.adfe.conesud

Karine Gaudry, membre de notre section Français du monde-ADFE de Buenos Aires, était présente dans une multitude majoritairement féminine et jeune devant le sénat argentin pour assister au moment où la loi dépénalisant l'avortement était enfin votée. La présence de cette foule ne pourra nous empêcher de penser au risque de contamination du Covid. Il est un fait que, durant quelques heures, ce risque fut mis entre parenthèses et céda le pas à l'importance historique de cet évènement pour le pays.

Décrocher la lune, décrocher la loi

La lune, grosse, ronde, lumineuse, accompagne le destin des femmes.

Il est près d’une heure du matin lorsque j’arrive aux environs de la place du congrès.

C’est la fête. Il fait très chaud, pas comme en 2018 quand au bout d’une nuit de veille sous la pluie et dans le froid, il a fallu repartir les mains vides et le cœur lourd, le Sénat ayant rejeté le projet de loi. 

La vigile (vigilia, comme la Vigile pascale, ironie du langage) des filles est une véritable fête, une communion de femmes, en majorité jeunes, avec toutes un distinctif vert, vêtement, maquillage étincelant, cheveux, et bien sûr le (sacrosaint ?) foulard (pañuelo). Celui qu’on arbore fièrement pour se reconnaitre depuis 3 ans déjà, celui qu’on lève et qu’on agite pour symboliser la lutte. Un triangle de tissu, déjà symbole de lutte des mères de disparus de la dernière dictature, dans sa version immaculée. Des femmes, encore.

Il y a des jeunes hommes aussi, qui accompagnent, le plus souvent. Et de moins jeunes qui sont là pour vendre le Fernet, la bière, foulards et masques (mais : « si tu achètes, achète à une femme »). Et pour provoquer les quelques mouvements de foule violents auxquels j’assisterai, vite maitrisés par les hommes et femmes de la Defensoría del Pueblo, qui les entoure et les guide vers la sortie où les attend la police.

Un grand sentiment de confiance et de sécurité règne dans cette foule réunie pour obtenir le droit des femmes à disposer de leur corps. Tellement que les masques tombent trop souvent, leur port est intermittent, certaines ne les portent pas du tout. Le niveau de contagion sera élevé.

De l’autre côté des barrières qui tranchent la place du congrès en deux, les bleus clair (celestes en espagnol); musique sacrée et prières. Ceux qui s'auto-proclament  « pour la vie » (pro vida) comme si le mouvement des femmes était pour la mort…, des tueuses quoi !

A l’approche du vote, nous trouvons un espace accueillant pour assister à la retransmission du Sénat. Les filles écoutent les dernières interventions, applaudissent les arguments pour et huent les arguments contre, mais avec un respect démocratique édifiant. Étonnamment, chaque apparition de Cristina* provoque une ovation. Il est tard. On attend le vote. Les informations qui circulent sans cesse indiquent qu’il sera positif mais…

Enfin, le vote. Silence total, visages attentifs, tendus vers l’écran. Conscience de vivre l’histoire.

Et puis le cri.

Cri sacré des femmes argentines de Buenos Aires, solidaires des femmes des provinces les plus reculées, où les femmes sont moins libres, plus vulnérables. Embrassades (aïe aïe aïe, le covid) et larmes d’émotion. Ça y est. 45 ans après la France, les femmes argentines obtiennent le droit de disposer de leur corps et de décider d’être mères. Ou non.

Karine Gaudry

Merci à mes filles, Kenzo et Agathe, et à leurs amies, de m’avoir acceptée dans leur ronde.  

*Cristina Fernandez de Kirchner, actuelle vice-présidente de l’Argentine dont elle fut également présidente de 2007 à 2015.

Une vidéo prise au moment où la loi est votée.

Es ley!

Publié dans Argentine

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D
J’ai eu des frissons en lisant ce témoignage émouvant. Merci Karine de nous faire vivre en direct cet événement historique, victoire de la liberté et des droits des femmes après une lutte acharnée et des revers aujourd’hui oubliés. C’est un espoir pour beaucoup d’autres pays où à la misère hélas partagée entre tous s’ajoute l’insupportable inégalité entre les hommes et les femmes. Je pense notamment à El Salvador qui m’est si cher et pour lequel il y a encore tant de chemin à parcourir avant d’approcher la situation argentine. Merci !
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G
Belle victoire ! Et un bel exemple à suivre pour un trop grand nombre de pays d’Amérique latine .
Bravo et merci à Karine
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Y
Merci pour cet article, qui nous permet de participer de plus près à cette grande victoire.
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